Le jour d’après

Le jour d’après

Je voulais vous écrire plus tôt mais je n’ai pas eu le temps. Enfin je n’ai pas pris le temps. Je l’ai laissé m’emporter. Déjà six semaines. Six semaines que je lui courre après, qu’il me happe. Ce déconfinement « en douceur » est pour moi d’une étrange violence.

Aux petits bonheurs se mêlent les grandes urgences.

Quel plaisir de retrouver ces corps qui m’avaient tant manqués. Ceux de mes proches que je serre et les vôtres, inconnus, que je regarde se mouvoir. Ces moments de convivialité m’avaient manqués. Croiser vos regards, échanger nos sourires. Tout ces moments échangés à tous moments de la journée, les entrevues déterminées comme les rencontres imprévues.
Mais déjà le temps file, défile. Je compte les heures de la journée, un oeil rivé sur l’heure en permanence. Suis-je en retard? Ai-je le temps? Comment m’avancer? Comment rattraper le temps « perdu »… Optimisation des journées, retour des « to do » listes débordantes de cases, agenda de nouveau noircit d’impératifs.

À corps pressés, accords désenchantés.

Je le sens, je l’entends mon corps qui me dit « ralenti ». Chez moi, c’est dans le ventre que ça se passe. Il se noue il se tend il se gonfle. Comme si tout mon air se trouvait à l’intérieur sans que je puisse y accéder. Rétention de mon pouvoir d’agir.

Alors je lui dit « OK ». Je m’arrête et je prends quelques grandes inspirations. J’expire tout doucement. Je réfléchi à ce qui me pousse si promptement. Est-ce si urgent ? Et si cela ne peut pas attendre, quand puis-je faire l’impasse ? Ma « to do » liste s’est transformée en « tout doux » liste. 

Si je m’oublie je n’ai rien appris.

Mon corps et moi on a passé beaucoup de temps conjointement pendant le confinement. J’en ai profité pour faire plus ample connaissance. J’ai appris à mieux l’écouter. J’ai décidé de conserver, dans l’après, ces temps de tête-à-tête et d’inter-connaissance. Ces moments de moi à moi qui me sont nécessaires.
Certes j’ai maintenant parfois besoin de les planifier. Mais pourquoi inscrire nos rendez-vous avec d’autres et pas ceux avec soi? Sommes-nous moins considérables? Je suis la personne la plus importante de ma vie. Avant, pendant, après. Toujours.

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